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Actualité Luttes Internationales

Les ennemis de nos ennemis ne sont pas nos amis.

Le choc provoqué par le meurtre de Samuel Paty, et les attentats qui ont suivi ont créé un sentiment d’union nationale toujours bon pour le gouvernement. Et ce, même s’il sert de tremplin à la stigmatisation des musulmans et permet de décomplexer les fachos qui s’empressent de faire l’amalgame entre immigration illégale et terrorisme. Sans compter qu’au vu de la situation actuelle il est plutôt bienvenu pour le gouvernement d’éviter la question sociale et sanitaire (et leur gestion désastreuse).

De l’autre coté de la Méditerranée, le président turc Erdogan s’auto-proclame défenseur des musulmans français sur la « scène internationale ». Il s’autorise à donner des leçons de libertés publiques et de respect des minorités ce qui fait bondir les Kurdes (majoritairement musulmans d’ailleurs) qui sont massacrés par l’impérialisme Turc et ses gangs islamistes au Rojava comme dans d’autres régions du Kurdistan. Il est donc indécent que ce chef d’État se pose en défenseur des musulmans persécutés, ou de lui accorder le moindre crédit alors que les arrestations, la torture, les massacres, les viols systématiques sont des pratiques largement répandues et bien organisées par l’État turc.

Et lorsque ce même chef d’État appuie la position nationaliste de négation du génocide arménien commis par l’Empire ottoman, qu’il réactive sans arrêt la rhétorique anti-arménienne, notamment dans le cadre du conflit actuel dans le Haut-Karabakh et se permet d’établir un parallèle entre le statut actuel des musulmans de France et celui des juifs dans les années 30 (quelques soient les parallèles historiques entre l’antisémitisme et l’islamophobie) ça donne la nausée.

L’enclenchement de cette polémique franco-turque, suite a la publication en France d’une caricature (aussi nulle soit elle), est une aubaine pour Erdogan : amener le débat sur le terrain moral et religieux c’est ce qui sert au mieux sa communication et sa stratégie politique tant au niveau national qu’international alors qu’il se trouve actuellement en difficulté :

– au moment où l’économie turque est en berne avec une dégringolade de la livre turque qui atteint son plus bas historique.

– au moment où le prétendu défenseur des musulmans français rafle, emprisonne, tue, torture aussi bien ses opposants que ses minorités, y compris musulmanes.

– au moment où le défenseur autoproclamé de l’honneur musulman « lâche » les musulmans ouïghours victimes d’un génocide pour complaire à son partenaire économique chinois.

– au moment où il soutient et pousse l’Azerbaïdjan dans un bain de sang dans le Haut-Karabakh.

Dans ce contexte, ces petites joutes verbales sur la santé mentale de Macron et ces appels au boycott jouent parfaitement leur rôle de diversion, et fournissent au chef d’État contesté comme jamais dans son pays (un sondage le donne perdant en cas de présidentielle) une nouvelle occasion de recréer une union nationale et confessionnelle autour de sa personne.

En tout cas ces petits spectacles présidentiels ne profiteront certainement pas aux musulmans de France, ni aux Arméniens, Kurdes, Alévies, Yézidis, ou aux dissident Turcs, et encore moins aux musulmans de Xinjiang.