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LA GRÈCE SOUS LE FEU DE LA RÉPRESSION POLICIÈRE REND HOMMAGE À LA « MARCHE DES LIBERTÉS »


Des nouvelles peu réjouissantes nous parviennent de Grèce où les luttes sociales sont réprimées systématiquement par une police violente et fascisante mais où malgré l’acharnement du pouvoir, les gens s’organisent en autonomie et continuent de lutter contre ce système mortifère côte-à-côte. Malgré cette répression et l’énergie que cela demande de lui tenir tête, ils·elles ne perdent pas de vue que les luttes sont internationales et que de par le monde, elles sont semblables et nous rendent plus fort. Si la marche des libertés peut leur donner de l’espoir et de la force, n’hésitons pas à nous inspirer aussi de leurs courage, détermination et tactiques pour construire la suite du rapport de force engagée jusqu’ici. Le slogan entendu en 2008 suite au meurtre d’Alexandros Grigoropoulos étudiant de 15 ans assassiné lâchement par des policiers : « Batsi, Gourounia, Dolofoni ! » (« flics, porc, assassins ! ») résonne encore comme une alerte générale. Nos pensées vont à la victime d’une grenade de GM2L survenu samedi 5 décembre à Paris et qui a perdu ses cinq doigts et aux nombreux.ses autres victimes.

ACTUELLEMENT EN GRÈCE : LE MOUVEMENT SOCIAL FAIT FACE À UNE FORTE RÉPRESSION POLICIÈRE ET REND HOMMAGE À LA RÉSISTANCE CONTRE LA LOI SÉCURITÉ GLOBALE EN FRANCE

par Yannis Youlountas
— 6 décembre 2020

Ce soir, le quartier d’Exarcheia est sous un déluge d’armes et d’uniformes. Pour empêcher toute révolte, l’état grec a déployé un véritable régiment de flics appuyé par deux hélicoptères et plusieurs drones. Des cris éclatent ici et là, ainsi que des explosions. Un immeuble inhabité est en feu. Depuis un an, la police grecque tente d’affaiblir le quartier en évacuant beaucoup de squats, mais certains résistent encore, en particulier le Notara 26 et le K*Vox. Cependant, depuis ce matin, la nouvelle irruption policière a atteint un niveau sans précédent. Non seulement par le nombre, mais aussi par des actes particulièrement choquants.

Pour commencer, en ce jour anniversaire de l’assassinat du jeune anarchiste Alexis Grigoropoulos par un policier à Exarcheia le 6 décembre 2008, les forces de l’ordre des puissants nous ont empêchés de nous rendre sur le lieu de recueillement où se trouve la plaque commémorative, à l’endroit où il a été assassiné à l’âge de quinze ans ! Pire encore, des dizaines de personnes ont été arrêtées pour avoir essayé de passer. Plus de 160 aux dernières nouvelles, en quelques heures ! L’un des flics a même arraché un bouquet de roses déposé sur les lieux avant de le détruire devant les caméras. Les images ont rapidement fait le tour de la Grèce provoquant déjà un scandale ce soir.

De plus, les journalistes ont été empêchés de continuer à filmer dans le quartier et repoussés le plus loin possible des « opérations de police ». Certains ont vu leur matériel abimé, d’autres ont été refoulés violemment, notamment mes amis journalistes indépendants Alexandros Katsis et Mario Lolos (auteur de plusieurs des photos), parfois à coup de matraque !

Les dizaines de compagnon.nes et camarades arrêtés n’ont pas baissé la tête et, celles et ceux qui le pouvaient ont levé le poing à l’unisson avec la foule choquée mais persévérante.

Une fois de plus, des policiers ouvertement néonazis ont été remarqués parmi les « troupes » envoyées pour empêcher toute « révolte du 6 décembre » (cf. photos montrant les signes de reconnaissance sur leurs casques). Rien de nouveau sous le soleil : le fascisme reste le gardien zélé du capitalisme. Il n’est pas une réelle opposition au système politique et économique actuel. Au contraire : à chaque situation de crise, il en est le stade ultime, au fil des dérives autoritaires.

Aujourd’hui, personne n’a pu entrer dans Exarcheia sans être contrôlé, même les taxis ! Dans Athènes, 31 stations de métro ont été fermées ! Plusieurs lieux ont été bloqués, parfois avec des militant.es à l’intérieur, sans eau et sans nourriture durant la journée. Des compagnons ont été poursuivis dans le quartier par des policiers qui ont osé faire exploser leurs grenades à l’intérieur d’un bâtiment, au risque de tuer les personnes visées.

Voyant venir cette rude journée d’anniversaire, certain.es ont voulu manifester deux jours plus tôt, le 4 décembre, mais ce fut très difficile également, en particulier place Syntagma, devant le parlement (photos).

Simultanément, le groupe Rouvikonas a riposté dans cinq lieux de pouvoir contre la politique du gouvernement, en particulier, contre son traitement des faillites et des situations catastrophiques engendrées par la crise actuelle. Une crise qui est avant tout celle du capitalisme lui-même, mettant en évidence, une fois de plus, son absurdité économique, sociale et écologique. Le capitalisme, c’est la mort. Lui résister, c’est participer à sauver la vie, tant qu’il en est encore temps.

Dans son communiqué et ses tracts, Rouvikonas évoque l’exemple de la résistance à la loi sécurité globale en France qui, malgré un contexte très difficile pour les mobilisations, parvient à faire reculer le pouvoir :

« Comme ils l’ont fait en France, où, de la même sale manière, l’État a tenté de garantir le droit à la répression absolue et où la base sociale française est descendue dans la rue et l’a forcée à se retirer. »

 

Comme d’autres collectifs à Athènes, en Crète et ailleurs, Rouvikonas est aussi omniprésent sur le terrain de la solidarité en ces mois difficiles. En partenariat avec plusieurs cuisines sociales, le groupe anarchiste basé à Exarcheia et à Keratsini participe activement aux initiatives solidaires autogérées du mouvement social.

Nous essayons de faire la même chose en ce moment en Crète, plus modestement, sur une île où la résistance se poursuit tant bien que mal, aussi bien contre les grands projets nuisibles que contre le système politique et économique dans son ensemble. Des lieux sont en train de naître (nous en reparlerons) et des actions se multiplient. Parmi d’autres, hier soir, une grande banderole a été hissée sur la forteresse du port d’Héraklion, à la vue des habitants, des marins et des passagers :

« Aucune police ne parviendra à vous protéger pour votre responsabilité immense dans les conséquences de cette pandémie ».

 

En effet, cette pandémie révèle une fois de plus les profondes inégalités face au confinement et à ses conséquences. Pire encore, la covid19 offre un nouveau prétexte au pouvoir pour nous voler ce qui nous reste de liberté dans cette société toujours plus autoritaire. Après le terrorisme, voici le temps du virus. Les breaking news s’enchaînent à l’infini. Tous les moyens sont bons pour tourner la vis, encore et encore, et nous enfermer brutalement dans une société dystopique, où l’État ose se mêler de tout ce qui fait nos vies, de ses moindres replis, aux confins de notre intimité.

Celles et ceux qui n’avaient pas encore compris ce qu’est l’État devraient ouvrir les yeux à cette occasion : quelle que soit la guerre qu’il déclare en notre nom, contre ceci ou cela, c’est toujours nous qui subissons ses caprices, ses lubies et ses ordres tombés du ciel.

À l’inverse, Exarcheia fait partie de ces lieux où, ces dernières années, nous avons montré qu’il est possible de prendre nos vies en mains, dans l’autogestion, l’entraide, la création, la résistance, la démocratie directe et même l’anarchie — qui est, comme le soulignait Élisée Reclus, « la plus haute expression de l’ordre » et non le chaos comme le prétendent les médias à la botte.

Triste jour pour ce quartier d’Athènes étouffé par le pouvoir et ses valets. Mais le grain est semé et, en attendant qu’il puisse se répandre à nouveau dans Exarcheia, il est déjà en train de pousser dans de nouveaux lieux en Grèce

Douces pensées à vous tou.tes. Tenez bon. Et encore bravo pour la lutte contre la loi sécurité globale, même si rien n’est fini !
Yannis Youlountas